À l’époque où les trois-mâts dominaient les mers, une vigie balayait l’horizon de son télescope pour détecter les dangers. Perchée sur son nid-de-pie, elle surveillait l’océan, paysage menaçant qui s’étendait à perte de vue. Cette pratique existe depuis l’aube de l’humanité et se perpétue encore aujourd’hui dans les SOC (Security Operations Centers), où des vigies postées sur des nids-de-pie numériques guettent les cybermenaces. C’est ce qu’on appelle le monitoring de la cybersécurité.

Cet article explique en quoi consiste le monitoring de la cybersécurité, comment il fonctionne et pourquoi il est si important pour maintenir une posture de sécurité solide face à la prolifération des menaces. Le monitoring de la cybersécurité joue un rôle essentiel dans la détection des menaces et des attaques. La visibilité qu’il offre assure une réaction rapide et efficace face aux incidents. Il se révèle donc un élément essentiel des stratégies de sécurité informatique au sein des entreprises.

Qu’est-ce que le monitoring de la cybersécurité ?

Le monitoring de la cybersécurité est un processus continu d’observation des réseaux, des systèmes et des applications afin de détecter les menaces potentielles et d’y répondre en temps réel. Il implique l’utilisation d’outils spécialisés tels que les systèmes de détection d’intrusion (IDS), les pare-feu et les solutions de gestion des informations et des événements de sécurité (SIEM) pour analyser les données, identifier les anomalies et atténuer les cyber-risques avant qu’ils ne s’aggravent.

C’est là que les choses peuvent se compliquer. Les cybermenaces sont aussi variées que dangereuses. Elles sont aussi souvent très furtives, la moindre anomalie pouvant être symptomatique d’une menace beaucoup plus sérieuse. Dans le même temps, les équipes SOC sont submergées par les faux positifs et peinent à identifier les vraies alertes dans un océan de bruit. Il est impossible de surveiller chaque surface d’attaque avec le même degré de diligence. La bonne approche consiste à prioriser le monitoring, au risque de reléguer au second plan des faiblesses révélées uniquement lorsque survient une attaque.

Monitoring de la cybersécurité : mode d’emploi

Le monitoring de la cybersécurité commence par la collecte de données. Les solutions de monitoring de la cybersécurité surveillent les infrastructures locales et dans le cloud et recueillent des données à des fins d’analyse et, parfois, de réponse. Les sources de données utilisées pour le monitoring de la cybersécurité varient considérablement. Mais les données ingérées proviennent généralement des sources suivantes :

  • Les journaux d’appareils, compilés et analysés par la solution de gestion des incidents et des événements de sécurité (SIEM)

  • Le trafic réseau, qui peut alimenter une solution de surveillance de la sécurité réseau

  • Les systèmes de détection d’intrusion (IDS) et de prévention d’intrusion (IDP)

  • Les pare-feu

La solution de monitoring de la cybersécurité analyse les données provenant de ces sources. Si elle détecte une menace ou une attaque, elle alerte le SOC. Et en identifiant rapidement les menaces liées aux ransomwares, elle peut notamment empêcher leur propagation.

L’importance du monitoring de la sécurité informatique en entreprise

[Body] Le monitoring de la cybersécurité est une activité indispensable à la défense de l’environnement informatique des entreprises. Pourquoi ? Parce que c’est la première ligne de défense contre les cybermenaces. En effet, pour protéger un bien numérique, il faut faire preuve d’une vigilance constante et être à l’affût des signaux faibles. Sans cette visibilité, vous êtes cantonnés dans une approche purement réactive. Un problème que nous rencontrons tous bien assez souvent, alors autant l’éviter dans ce domaine clé.

Quels sont les risques et les conséquences potentiels d’un monitoring de la sécurité inadéquat ? Un investissement insuffisant dans le monitoring de la cybersécurité accroît votre exposition aux risques. En effet, les effets dévastateurs d’une attaque augmentent si les efforts de détection ne sont pas optimaux, et ce, quel que soit le vecteur. Violations de données, écoutes malveillantes, ransomwares, sabotage, attaques par déni de service (DoS)… L’entreprise doit faire face à des risques accrus.

Les différents types de monitoring de la cybersécurité

Il existe de nombreux modèles de monitoring de la cybersécurité. Les trois principaux sont les suivants :

  • Monitoring de la sécurité du réseau – C’est souvent sur le réseau que les signaux faibles d’une attaque sont les plus faciles à détecter. Surveiller le trafic et les activités du réseau peut donc être une contre-mesure efficace face aux menaces.

  • Monitoring des risques de sécurité – L’évaluation et la gestion des risques diffèrent du monitoring actif du trafic réseau et des journaux des appareils. Récurrent ou continu, ce processus vise à identifier les points où l’environnement informatique est le plus exposé. Par exemple, la messagerie représente-t-elle un point de vulnérabilité ? Dans quelle mesure les dépôts de données sont-ils exposés aux ransomwares ? Etc. Grâce au monitoring des risques de sécurité, vous pouvez évaluer la gravité des menaces et donner la priorité aux pratiques d’atténuation les plus impactantes.

  •  Monitoring actif des menaces – Souvent, les cybermenaces passent sous les radars des outils de monitoring de la cybersécurité car elles n’émettent aucun signal susceptible de trahir leur présence dans l’environnement informatique. Par exemple, un malware se retrouve en état de dormance dans un fichier corrompu sur une baie de stockage, attendant patiemment d’être activé. En détectant ces menaces en temps réel, par exemple en recherchant leurs « signatures » dans le code stocké, il est possible de les devancer et d’en atténuer l’impact.

Principales caractéristiques d’un monitoring efficace de la cybersécurité

Un système efficace de monitoring de la cybersécurité est un élément indispensable d’une posture de sécurité robuste. Il doit comprendre un ensemble de fonctionnalités conçues pour détecter, analyser et répondre aux menaces en temps réel. Voici quelques-unes des caractéristiques clés qui permettent de reconnaître un système de monitoring de la cybersécurité vraiment performant :

  • Visibilité complète – Le système doit offrir une visibilité de bout en bout sur l’ensemble du trafic réseau, des activités des utilisateurs, des applications et des terminaux, y compris les environnements cloud et les appareils distants, afin de détecter efficacement les anomalies et les menaces potentielles.

  • Détection et alertes en temps réel – Il doit identifier et notifier à l’équipe de sécurité les menaces potentielles dès qu’elles se présentent, afin de permettre une action immédiate. Les mécanismes d’alerte doivent être finement ajustés pour éviter la désensibilisation des équipes, causée par un trop grand nombre de faux positifs.

  • Intégration de la Threat Intelligence – Un système efficace intègre une Threat Intelligence actualisée afin de reconnaître les schémas d’attaque connus et les indicateurs de compromission (IoC), facilitant ainsi une défense proactive contre les menaces émergentes.

  • Analyse du comportement – En s’appuyant sur les profils de référence d’une activité normale, le système doit détecter les écarts symptomatiques d’un incident de sécurité, en utilisant des techniques d’analyse du comportement et le machine learning pour discerner les signaux faibles d’une activité malveillante.

  • Réponse automatisée – Lorsqu’une menace est détectée, le système doit lancer des protocoles de réponse prédéfinis, qui peuvent inclure l’isolement des systèmes affectés, le blocage du trafic suspect ou l’exécution de scripts pour endiguer la menace.

  • Conservation des données et capacités d’investigation – La conservation des journaux et des données dans la durée est essentielle pour investiguer les incidents et se conformer aux politiques de gouvernance des données. Cette fonctionnalité permet d’analyser la chronologie des événements qui ont conduit à la compromission.

  • Personnalisation et scalabilité – Le système doit être personnalisable pour s’aligner sur les politiques de sécurité spécifiques de l’entreprise et être suffisamment scalable pour s’adapter à la croissance ou aux changements de l’infrastructure informatique.

  • Conformité et reporting – Le système doit simplifier le respect des normes réglementaires en générant des rapports détaillés qui attestent de la conformité aux contrôles et aux procédures requis.

  • Analyse du comportement des utilisateurs et des entités (UEBA) – En établissant des profils et en surveillant le comportement des utilisateurs, le système peut détecter les menaces internes ou les comptes compromis, souvent difficiles à repérer via les mesures de sécurité traditionnelles.

Toutes ces fonctionnalités donnent à l’entreprise les moyens de détecter les menaces et d’y répondre rapidement pour atténuer les risques et minimiser les dommages potentiels causés par les cyberincidents. Le système de monitoring doit être intégré aux plateformes et aux plans de réponse à incident, comme les plateformes d’orchestration et d’automatisation de la sécurité (SOAR) ou les workflows de réponse à incident du SOC.

Les étapes du monitoring de la cybersécurité

Le monitoring de la cybersécurité se déroule en trois étapes. 

  • Collecte des données 

  • Analyse des données

  • Réponse

 

C’est au stade de l’analyse que les choses peuvent se compliquer. D’une part, la quantité de données à étudier est astronomique, sans compter leur variété. D’autre part, il faut aussi savoir quoi chercher. Dans certains cas, c’est évident. Par exemple, une attaque DoS impliquera le suivi des requêtes de service. Si le nombre de requêtes dépasse un seuil défini, cela suggère qu’une attaque DoS est en cours. 

Mais dans d’autres cas, la menace est plus difficile à détecter. Les menaces persistantes avancées (APT), par exemple, sont conçues pour échapper aux systèmes de monitoring actif. Les signaux faibles d’une attaque peuvent être ainsi très difficiles à distinguer parmi les opérations informatiques habituelles.

C’est là que l’analytique avancée et l’intelligence artificielle (IA) entrent en jeu. Une anomalie d’apparence mineure, comme un pic d’activité du processeur d’un appareil pendant les heures creuses, signifie parfois qu’une attaque est imminente. Encore faut-il la remarquer.

L’expertise humaine (généralement incarnée par un analyste SOC) est souvent essentielle pour prendre les décisions lorsque la solution de monitoring des risques de sécurité signale un problème et lance l’alerte. Plusieurs défis se présentent à ce stade, notamment le risque de burnout. Un analyste SOC peut être amené à traiter des centaines d’alertes par jour.  Résultat, les menaces graves peuvent tout simplement passer entre les mailles du filet. En outre, comme vous le diront la plupart des experts de la sécurité, les menaces ne génèrent pas toujours une anomalie et toutes les anomalies ne représentent pas forcément une menace.

L’automatisation se révèle donc très utile dans cette phase de réponse. Les machines prennent le relais là où l’humain se retrouve en échec. Elles peuvent suivre des règles qui isolent ou éteignent automatiquement les appareils suspectés d’être compromis. Ce processus peut se dérouler directement sur la plateforme SOAR.

Monitoring des cybermenaces et réponse à incident

Dans la plupart des cas, la réponse à incident intervient distinctement du monitoring des cybermenaces. Mais c’est le second qui déclenche la première. Lorsque la solution de monitoring émet une alerte, le processus de réponse à incident est automatiquement activé.

Ce dernier peut prendre de nombreuses formes. Dans les cas les plus anodins, un analyste SOC examine l’alerte et choisit de l’ignorer. Mais la réponse à incident peut aussi être bien plus élaborée.  Souvent, après la découverte initiale d’une menace ou d’une attaque, les analystes ont besoin de plus d’informations pour en évaluer la gravité. 

Par exemple, si la solution de monitoring détecte la signature d’une menace, une personne (ou un logiciel) peut rapidement rechercher la menace dans une base de données de Threat Intelligence et déterminer si elle nécessite une action immédiate ou si elle est moins prioritaire. La solution de monitoring et le workflow/la solution de réponse à incident peuvent interagir dans un cycle d’escalade. La collecte de nouvelles informations conduit à de nouveaux workflows, qui conduisent eux-mêmes à une surveillance renforcée de la réponse, et ainsi de suite.

Le monitoring assure une détection en amont, indispensable à la sécurité des entreprises. Dans le cas des ransomwares, par exemple, chaque seconde compte. L’objectif est de détecter l’attaque et d’agir avant que le logiciel malveillant ne commence à chiffrer les données. Un bon outil de monitoring vous aide dans cette voie.

Contrer les compromissions de données et les incidents de sécurité grâce au monitoring

Le monitoring de la cybersécurité est une première ligne de défense contre les compromissions de données et autres incidents graves de sécurité. Grâce au monitoring, vous pouvez détecter les signaux faibles d’une compromission avant son lancement ou pendant son déroulement. Mieux encore, si vous surveillez activement les menaces, vous pouvez identifier le vecteur d’attaque et corriger la situation avant qu’il ne soit exploité par un acteur malveillant. L’une des stratégies consiste, par exemple, à surveiller le trafic au niveau des pare-feu pour repérer les données exfiltrées sans autorisation, ou à surveiller les référentiels dans le cloud ou les sites du Dark Web afin de vérifier si des informations concernant l’entreprise y ont été divulguées.

Monitoring de la cybersécurité : les bonnes pratiques

Tout le monde utilise, à un niveau ou à un autre, le monitoring de la cybersécurité. Cette fonctionnalité est intégrée dans de nombreux outils, tels que les pare-feu ou les systèmes de gestion réseau. Mais les bonnes pratiques qui assurent un monitoring efficace de la cybersécurité commencent bien avant le démarrage de ces outils. 

Le choix des éléments à surveiller est une première étape essentielle. Vous devez réfléchir attentivement aux domaines dans lesquels vous êtes le plus exposé aux risques et aux assets numériques qui nécessitent le plus de protection. Vous pourriez par exemple déterminer que votre solution de gestion de la relation client représente votre asset le plus précieux et choisir de concentrer votre monitoring sur les menaces qui la ciblent. Il est également conseillé de revoir régulièrement vos mécanismes de monitoring et de les améliorer en permanence, en suivant les tendances en matière de cybersécurité.

Les défis du monitoring de la cybersécurité

Le monitoring de la cybersécurité n’est pas sans challenges. L’un des problèmes les plus courants concerne la sélection des flux de données à analyser. Trouver le bon équilibre entre les faux et vrais positifs en est un autre. La dépendance excessive à l’humain pour interpréter les alertes épuise les équipes de sécurité et entraîne des inefficacités. L’automatisation apporte une réponse à ce problème. Les meilleures solutions de monitoring offrent un haut degré d’automatisation et de personnalisation, ainsi qu’une intégration avec des systèmes tels que les plateformes SOAR pour la réponse à incident.

Monitoring : passez à la vitesse supérieure

Il y a fort à parier que vous exploitez déjà des fonctionnalités de monitoring. Vous pouvez encore faire mieux. Procédez par étapes. Vous n’avez pas encore actualisé votre stratégie en la matière ? Prenez un instant pour répondre à ces deux questions : que surveillez-vous ? Et comment gérez-vous les alertes ? Identifiez les risques les plus importants et planifiez en conséquence. En améliorant le monitoring, vous renforcez votre posture de sécurité. Alors, n’attendez plus !

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